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Confrérie de Saint-Antoine - Convocation des Confrères
517e édition de notre fête, prévue le week-end des 14 et 15 janvier prochains. I. Samedi 14 janvier 2012- 17h00 Office de requiem Chapelle des Dix Mille Martyrs, officiant : abbé Paul Frochaux. - Partage d'un verre de l’amitié et, pour ceux qui le désirent, une fondue après l’office de requiem. II. Dimanche 15 janvier 2012- 10h00 Grand messe Chapelle des Dix Mille Martyrs, officiant : curé Michel Cuany - 11h30 (précise) Assemblée générale à la salle de la Question Les charges sont également revues et comme nous l’annoncions lors d’une précédente assemblée générale, un doublement de tours de Maître pour ceux qui le souhaitent est à nouveau prévu. ChargesAncien maître Jean-Luc MalletNouveau maître Pierre Alain GirardAncien garçon Grégory Rais
Nouveau garçon Lionel PanchaudOrdre du jour de l’assemblée générale ordinaire 1. Acceptation du précédent PV 2. Comptes 3. Rapport des vérificateurs 4. Nominations du maître, du garçon de confrérie, des vérificateurs et du porte-bannière 5. Repris 6. Divers Y aura-t-il des repris ? (vous voudrez bien les annoncer au secrétaire ou au président)
Dans l’attente de nous revoir, nous vous présentons, chers Confrères, nos fraternelles salutations.
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La Complainte de Saint-Antoine (version longue)
Invite a écrit : " I De notre saint Patron, Confrère méditons Une ancienne complainte, Montrant sa charité. Sa grande humilité, Sa vie austère et sainte. | II Adieu, jeunes mondains Qui suivez le chemin De la perte éternelle Je réponds aujourd'hui, Je réponds aujourd'hui, A la voix qui m''appelle. | III Tous mes amis, adieu. Je pars, en d'autres lieux Faire ma résidence ; Dans un brûlant désert, Pour un monde pervers Je ferai pénitence. | IV Adieu, tous mes parents, Ne soyez mécontents Si maintenant je donne Mes trésors, mes châteaux Ce que j''ai de plus beau Aux pauvres pour aumône. | V Je veux me retirer Dans l'enclos désiré D'un ordre solitaire; J'y pourrai méditer Sur la fragilité Des honneurs de la terre. | VI Si, venu mon trépas, Quelqu'un conduit ses pas Devers ma sépulture, L''eau sainte y versera Et ces vers gravera Selon cette écriture: | VII Ici sont en dépôt Les cendres et les os D'un pécheur qui par grâce Fut du monde éloigné, Près de Dieu, pour gagner Dans le ciel une place. | VIII Prions avec ferveur, Confrères, le Sauveur, D'obtenir le mérite D''être conduits un jour Au céleste séjour, Par saint Antoine, ermite. | "
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:44:52 (633 lectures)
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Complainte des adieux de Saint Antoine
Invite a écrit : " I. Adieu, jeunes mondains Qui suivez le chemin De la perte éternelle. Je veux me retirer Dans l'enclos désiré D''un ordre solitaire. | II. Adieu, tous mes parents, Ne soyez mécontents Si maintenant je donne Mes trésors, mes châteaux, Ce que j'ai de plus beau, Aux pauvres pour aumône. | III. Tous mes amis, adieu ! Je pars en d'autres lieux Faire ma résidence. Dans un brûlant désert, Pour un monde pervers Je ferai pénitence. | IV. Si, venu mon trépas, Quelqu'un conduit ses pas Vers ma sombre masure, L'eau sainte versera Et ces vers gravera Dessus ma sépulture : | V. Ici sont en dépôt Les cendres et les os D'un pécheur qui, par grâce, Fut du monde éloigné, Près de Dieu pour gagner Dans le ciel une place. | | "
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:44:06 (635 lectures)
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Formule pour la santé d'un Confrère
Invite a écrit : "Je vous invite à porter une bonne santé à (notre nouveau maître), (chanté) :
A cette santé que l'on vient de nommer (bis), amis, buvons tous à la ronde, faisons honneur à cette santé. Honni soit qui en boira et qui s'en barbouille, barbouille, honni soit qui en boira et qui s''en barbouillera.
Combien n'en vaut-il pas mieux la peine de boire à une santé que l'on aime : buvons ici jusqu'à minuit, buvons ici jusqu''à lundi (bis).
- (parlé) : Vive notre nouveau maître. - Qu'il vive ! - On n'a pas entendu ! - Qu'il vive ! - (chanté) : Qu'il vive, qu''il vive, qu'il vive et soit heureux, Ciel entends nos voeux ! (bis). "
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:43:24 (629 lectures)
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Quelques récits rapportés
Invite a écrit : "On nous permettra de reproduire ici un passage des «Franc» propos sur les confréries» que M. Maurice Plattet a publiés en 1941, dans «le Messager catholique romand», et que nous avons souvent cité. L''auteur qui connaît bien Le Landeron et ses traditions nous révèle quelques traits caractéristiques de la vie intime des confréries. Voici ce passage intitulé La petite guerre.... «Les archives nous rapportent qu''en 1538 les confréries se brouillèrent. . . avec la Bourgeoisie, au sujet de la nomination du Maître que chaque partie voulait nommer. On choisit comme arbitre Georges de Rive. A une autre époque encore, la confrérie de Saint-Antoine eut à soutenir un procès... contre celle de Saint-Sébastien . . Est-il étonnant, dès lors, que l''on se livre encore quelquefois, à la petite guerre ?» «Les Bastiens s''arrêtent volontiers à leurs hommes de tête ... à leurs gens bien et influents. Ils sont surtout fiers de leur nombre et sont portés à considérer ces pauvres Antoines comme une quantité négligeable. Les Antoines, pour se consoler...se flattent de représenter le «bourgeois moyen» du Landeron, l''authentique terrien courbé sur son outil, une société plus homogène où l''on se sent mieux chez soi parce que l''on est peu nombreux...». [...] «Et les dames et les demoiselles du Landeron? N''entourent elles pas de beaucoup de sollicitude leurs chers confrères? Chaque année, tante Hélène pour les Antoines, tante Clémence pour les Bastiens, préparent avec dévouement les bouquets rouges des «domestiques» et des «repris», le bouquet blanc du Maître de Saint-Antoine». [...].
Les confréries de Saint-Antoine et de Saint-Sébastien n''ont plus l''importance qu''elles avaient autrefois. Et cependant, elles restent un élément caractéristique de la vie du vieux bourg. Fidèles à leurs coutumes, elles relient le passé au présent. Aujourd''hui, la vie paroissiale repose sur des sociétés largement ouvertes à tous les paroissiens et adaptées aux besoins des temps actuels. Mais si Le Landeron a conservé un attachement indéfectible à la foi de ses aïeux, s''il a gardé cet esprit de fidélité à ses traditions, il en est redevable aux confréries qui ont laissé leur empreinte bienfaisante sur toutes les pages de sa longue et glorieuse histoire... "
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:42:22 (635 lectures)
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Pour le salut des vivants et des morts
Invite a écrit : "Depuis la grande peste qui ravagea l''Europe dans les années 1347 à 1357, faisant vingt-cinq millions de morts, l''épidémie assoupie réapparaissait tantôt ici, tantôt là, causant en quelques semaines des victimes en grand nombre. La dernière grande peste en Suisse date des années 1665 à 1669.
Considérant cette terrible épidémie comme un fléau de Dieu, les populations auxquelles la médecine du temps n''était d''aucun secours, se tournaient vers des intercesseurs célestes dont elles attendaient qu''ils obtiennent la préservation ou la cessation de la calamité.
Saint Antoine, ermite en Haute-Egypte, qui vécut de 250 à 356, saint Sébastien, martyr romain percé de flèches, mort en 288, et saint Roch de Montpellier, pèlerin martyr mort en 1237, se virent attribuer cette spécialité.
C''est dans ce contexte qu''il convient de placer la fondation au Landeron, par quarante-six laïcs et deux religieux de l''abbaye bénédictine de Saint-Jean, d''une confrérie sous le double patronage de saint Antoine et de saint Sébastien. C''était le 17 janvier 1494. Les fondateurs s''engagent à célébrer chaque année les fêtes de ces deux saints, ainsi qu''un anniversaire pour les confrères qui iront de vie à trépas. Ils s''engagent à prendre part aux funérailles des confrères et à payer chaque trimestre une contribution de quatre deniers au gouverneur de la confrérie pour maintenir les cierges et le luminaire de celle-ci. Ils s''interdisaient de passer à une autre confrérie sans le consentement des autres membres et ils établissaient, qu''après le décès de chaque confrère, ses héritiers les plus proches pourraient "reprendre" la place laissée vacante, pour un quart de livre de cire.
Qui dit cierges et luminaire sous-entend autel. Et de fait, le 14 avril de cette même année 1494 déjà, les confrères passaient avec le peintre bernois Matthäus Mösch un marché pour la fourniture d''un triptyque. L''autel en question fut érigé dans une chapelle faisant saillie en façade sud de la vieille église Saint-Maurice. Des lors, la confrérie reçoit des dons, certains étant liés à la condition que le donateur soit enseveli dans ladite chapelle.
En 1506, enfin, le 25 juillet, à Lausanne, est dressé l''acte constitutif d''une chapellenie, c''est-à-dire d''une charge de chapelain attaché à l''autel précité, dont le titulaire était tenu de célébrer deux messes par semaine. On ignore dans quelle mesure ces dispositions reçurent leur exécution.
A partir de 1525, les actes de la confrérie qui, jusqu''alors citent toujours saint Antoine et saint Sébastien, ne mentionnent plus que saint Antoine. Car la Compagnie des arbalétriers s''était placée sous le patronage (professionnel, peut-on dire) de saint Sébastien, à cause des flèches, et assumait la célébration solennelle de la fête de ce saint; elle pouvait s''intituler Confrérie des Saints-Fabien-et-Sébastien.
Les dispositions assez sommaires de l''acte de fondation de la Confrérie de Saint-Antoine furent développées et complétées dans un règlement du 2 février 1573. Ce document insiste sur le devoir des confrères "d''avancer l''honneur de notre Sauveur et Rédempteur Jésus-Christ, de garder ses saints commandements et ceux de notre Mère la Sainte Eglise, de vivre et mourir en la sainte et ancienne religion catholique, comme nos pères, grands-pères et prédécesseurs ont vécu", sous peine d''exclusion. Un autre article vise à réprimer la manie de profaner le Nom divin par jurons et blasphèmes. Il sanctionne sévèrement ce comportement. Des règlements ultérieurs répètent ces injonctions.
La célébration de la fête de saint Antoine a été fidèlement conservée, le dimanche avant le 20 janvier. Les vêpres de la veille et du jour ont toutefois été supprimées il y a une trentaine d''années. Pendant la messe, au cours de l''offertoire, on chante une vieille "Complainte de saint Antoine", d''origine inconnue, dont on trouvera le texte plus bas. Pendant ce temps, les confrères défilaient naguère par rang d''âge en apportant leurs offrandes, suivis de la femme du maître en charge.
La messe anniversaire pour les confrères défunts, célébrée traditionnellement le lundi matin, a été transférée au samedi précédent, en fin d''après-midi. On y fait lecture des noms des confrères et autres personnes inscrites au "catalogue des morts" durant les dernières décennies. Ces listes de défunts existent depuis le début, mais elles ne sont datées par années que depuis le XVIIème siècle. La confrérie fait célébrer une messe particulière (autrefois chantée) après le décès de chaque confrère.
Par ME Ch. Ed. Girard"
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:42:03 (2942 lectures)
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Convivialité au sein de la Confrérie de Saint-Antoine
Invite a écrit : "Qui dit confrérie dit membres. Une seule famille parmi les fondateurs s''est perpétuée durant cinq siècles au sein de la confrérie : la famille Bourgoin. Parmi les autres, on distingue les confrères qui ont "repris" et ceux qui ont "acheté". La qualité de membre se transmet par héritage de père en fils et selon les anciens règlements, à défaut de fils à un beau-fils, sinon à un autre héritier. Jusqu''en 1737, il fallait attendre le décès du père pour "reprendre". Depuis lors, les "repris" sont admis dès l''âge de dix-huit ans révolus.
De nombreuses familles, certaines pour peu de temps, ont été admises jusque vers 1650, trois seulement entre 1700 et 1800, aucune au XIXème siècle. De nouvelles familles ont été admises à partir de 1964. Les nouveaux confrères doivent s''engager, comme jadis, à vivre et mourir dans la foi catholique.
Tout corps a une organisation. Un président et un secrétaire sont nommés chaque fois pour quatre ans. Les autres fonctions se font à tour de rôle. D''abord, celle de maître. Aujourd''hui, elle est surtout honorifique. Jadis, elle pouvait être redoutable, car le maître était responsable des finances. Faute d''établissement bancaire, les fonds de la confrérie étaient prêtés à des particuliers, pas toujours bons payeurs. Le maître répondait personnellement du non perçu s''il ne prouvait qu''il avait pris toutes les mesures nécessaires. A partir de 1806 jusque dans la première moitié du XXème siècle, le maître devait fournir caution.
La fonction du garçon (appelé parfois domestique) consistait surtout à "citer" les confrères, c''est-à-dire à les convoquer verbalement aux assemblées, offices et enterrements et à contrôler les présences. Les absents non légitimement excusés auprès du maître étaient passibles d''une amende qui, dans les derniers temps où ce système fut appliqué, atteignait... cinquante centimes.
La fonction de porteur de cierge est tombée en désuétude il y a longtemps. Celle de porte-bannière ne s''exerce plus qu''à la Fête-Dieu, les autres processions ayant disparu.
Avant l''abolition des vêpres, les confrères montaient en cortège de la ville jusqu''à l''église, le nouveau maître orné d''un bouquet de fleurs artificielles nouées par un ruban blanc, le garçon et les repris portant un bouquet semblable lié par un ruban rouge.
Une assemblée doit se réunir quelque part.
Le 18 février 1550, la confrérie acquit de Pierre Vallier, châtelain du Landeron, la maison portant aujourd''hui le No 13, en bise de la ville, en échange d''une vigne et de 900 livres. Or la vigne provenait d''un legs fait à des fins pieuses. Un des ayants cause du testateur intenta un procès à la confrérie, mais, pour diverses raisons, il le perdit, même en appel.
L''acquisition, toutefois, avait été faite sans l''autorisation du Conseil d''Etat, nécessaire parce que l''immeuble devenait la propriété d''une institution. On s''en aperçut à Neuchâtel cent vingt-cinq ans plus tard, en 1675 et la confrérie se vit menacée de confiscation. Sur l''intervention de la Ville, elle put rester en possession de son bien en payant un "droit d''amortissement" de trente écus.
L''édifice subit de gros dégâts lors de l''incendie du 7 novembre 1760 qui brûla les maisons depuis cet immeuble jusqu''au voisinage de l''hôtel de ville. Il fut reconstruit l''année suivante.
La confrérie y avait son local de réunion, où les écussons des membres étaient alignés entre des glissières. Elle y avait aussi son coffre qui contenait non seulement les archives, mais aussi les titres de créances et les espèces. Pourvu de trois serrures, le coffre ne pouvait être ouvert que par trois personnes qui détenaient chacune une clé.
Dans cette maison était exploitée une auberge où l''on pouvait loger "à pied et à cheval". La fonction de tenancier était "mise en monte", autrement dit aux enchères, tous les six ans. Un article du règlement de 1573 prescrit qu''un confrère qui fera marché de maison, grange ou possession et qui dépensera les "breuvages" hors de la confrérie devra payer cinq sols à celle-ci.
C''est dans cette maison que la confrérie tenait, le dimanche avant la fête, son assemblée préparatoire (abolie dès 1960) avec distribution "de la vèque et de la chopine" à chaque confrère présent. Elle s''y réunissait le jour de la fête, avant les vêpres, pour désigner le maître, le garçon et autres responsables et y recevait les nouveaux membres. Le bon usage voulait que l''aîné des repris adresse un compliment à l''assemblée. Le lundi après-midi, la confrérie se réunissait à nouveau au même endroit pour la reddition des comptes et la distribution du "bon", résultant du partage d''un bien modeste bénéfice. Le tout agrémenté de "breuvages". Enfin, le soir avait lieu le très joyeux souper des comptes, où chansons anciennes et nouvelles, jeux et facéties égayaient la compagnie. Le toast traditionnel, appelé ici "santé" est encore bien vivant. On en trouvera plus loin la formule.
La confrérie vendit sa maison le 10 décembre 1770 à Jean-Georges Bourgoin "avec son droit d''enseigne pour y vendre du vin" et en se réservant le droit d''y tenir ses assemblées aussi longtemps qu''elle le voudra, d''y avoir son coffre et ses archives en lieu sûr, de même que les écussons, comme d''ancienneté. Ce n''est qu''en 1947 (car la maison était restée dans la descendance de l''acheteur), que la confrérie se transféra au château.
Et maintenant glanons quelques particularités dans le règlement de 1573 : - Tous les membres devront donner à la confrérie, le premier jour de l''an ou le jour des Rois "quelque peu de bonne étrenne", cotisation que le règlement de 1703 appelle Reinsgelt. - Toute personne qui se sera méfaite de son honneur sera "démise" de la confrérie en lui rendant son écusson. Les procès-verbaux citent plusieurs cas de confrères qui se sont mal conduits : le coupable est d''abord suspendu, puis, au bout d''un certain temps, reçu en grâce "sous l''espérance qu''il se comportera en homme de bien et d''honneur". - Des sanctions sont prévues contre les querelleurs et contre ceux qui se livrent à des excès de boissons ou de victuailles. - Le nouveau maître est tenu, lors de sa nomination, de payer huit pots de vin (soit un brochet = 15 litres). - Une coutume curieuse : ceux qui seront de "l''escot" devront se trouver la veille des trois Rois pour "lever le roi". Et ceux qui seront commandés par le roi ou par son "maître d''hôtel" devront faire leurs fonctions. L''assemblée du dimanche avant la fête avec la distribution de la vèque et de la chopine proviendrait-elle de là ?
Les infractions aux dispositions de ce règlement, et elles sont nombreuses, sont toutes sanctionnées par une amende exprimée en pots de vin : deux pots ou huit pots (1 pot =1,9 litre).
Les règlements subséquents sont datés de 1703, 1806, 1868, 1920, 1971.
On a tendance à idéaliser le "bon vieux temps" en oubliant que la vie y était rude: disette, pauvreté, maladies, infirmités, étaient souvent au rendez-vous.
En 1811, les confrères étant alors au nombre de cinquante-neuf, considérant que l''actif de la confrérie consiste surtout en créances contre ses membres ou leurs parents, "désirant de régler une partie de ces dettes pour ne pas plonger nos enfants dans la misère, en considérant surtout la dureté des temps et les chétives récoltes que nous avons faites les années dernières " décident de procéder au partage de la plus grande partie des capitaux de la confrérie. En 1807 déjà, la confrérie avait pris diverses mesures d''économie. Entre autre, le procès-verbal dit ceci: "L''on a supprimé aussi le vin bénit que l''on distribuait à l''église le jour de la fête de notre saint Patron, puisque les gobelets que l''on servait alors ont été vendus." Ces temps difficiles sont heureusement passés et aujourd''hui c''est dans la joie que les membres de la confrérie peuvent se retrouver une fois l''an pour cultiver les liens d''amitié qui les unissent, des plus âgés aux plus jeunes. "
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:41:38 (669 lectures)
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Saint Antoine, Père du désert, « patron des trufficulteurs &
Invite a écrit : "St Antoine, après s''être dépouillé de son héritage, se retire dans la solitude du désert de la Thébaïde. Il vit en reclus, connu uniquement de celui qui vient régulièrement lui porter du pain. Toujours en butte aux tentations du diable, la légende voudrait qu''il succomba régulièrement à la tentation de manger des Terfez, truffes blanches se développant en abondance, au printemps, après la pluie. Après prières et pénitences " il vainc ses tentations, et devient le saint Patron de ceux qui sont tentés "
Le terfez poussant à fleur de terre, nul besoin de cochon. Au demeurant, rappelons que le cochon était considéré comme impur au Moyen Orient, et représentait le diable en Occident ! Dans l''art moyenâgeux, les peintres Tintoret, Véronèse le représentaient comme un animal aux pouvoirs démoniaques, l''incarnation de la cupidité. Alors que dans la mythologie celte, le cochon était magique, paré de nombreux pouvoirs. D''ailleurs le cochon se promenait toujours, non loin des druides, près des chênes, arbres sacrés pour les Celtes. L''un des surnoms du Dieu Mercure, dans la mythologie gauloise, était Moccus, signifiant porc en langue celtique !
Les Saintes écritures, par contre, rapportent qu''Antoine fût guidé dans le désert, pour retrouver St Paul, par un loup, puis par un faune aux pieds fourchus et queue en tire- bouchon. La rencontre du faune et d''Antoine a fait l''objet d''une sculpture sur le tympan d''une porte de l''église de st Paul de Varax dans l''Ain. L''église date du XII Siècle Le cochon ou sanglier n''apparaît pas encore comme le compagnon de route de saint Antoine
Durant le Moyen Age ( 475-1453), nous pouvons constater que la truffe est méprisée, ayant " une âme aussi noire que l''âme d''un damné. De plus, à cette époque, ce qui venait du sol, venait du diable. Les brûlés, feux de Satan, apparaissant autour des arbres, appelés aussi " ronds de sorcières ", étaient des cercles mystérieux, inexplicables et donc maléfiques. Le porc ou le cochon, considéré comme impur par l''église de Rome, est un animal luxuriant capable de ne nourrir de n''importe quoi. Il peut déterrer la truffe, elle est donc un aliment pour les cochons. Elle est donc impure et méprisée. Selon saint Clément, le cochon et donc la truffe " sont réservés à ceux qui vivent sensuellement " c''est à dire comme des animaux. Bonnes pour le bas- peuble paysan " ignorant, grossier, loin de Dieu, rejetés comme des " vilains " les paysans ne devaient donc pas se priver de manger clandestinement ces truffes, si faciles à trouver.
Le faune n''ayant rien de sympathique a pu être transformé en sanglier pour ne pas effrayer la population en majorité agricole. Ce n''est que vers le XV Siècle, que le cochon apparaît dans l''iconographie chrétienne de saint Antoine.
Ce cochon fût associé plus tard à certains privilèges des Frères Hospitaliers de St Antoine, fondé au XVII Siècle. Cet Ordre venant en remplacement de l''Ordre de St Antoine né en 1095, et déclinant à tel point qu''il fût dissout dans l''Ordre de Malte au XVIII Siècle. .
Les Antonins ( dont le Tau était un emblème) avaient, entre autres nombreux privilèges, l''autorisation de laisser leurs cochons se nourrir des détritus et de se promener en toute liberté dans les cités. ( Les éboueurs de l''époque !) Ces cochons étaient marqués de ce Tau et avaient une clochette à l''oreille. Rappelons aussi que les Commanderies de St Antoine s''éparpillaient dans les campagnes. De préférence, dans des lieux bien choisis et toujours proches de forêts de chênes dans le Dauphiné, le Périgord, le Sud-ouest et en Provence. Les cochons pouvant se nourrir aisément de glands et certainement de truffes.
Par contre, il semblerait que fin du XV Siècle et début du XVI, pour mieux identifier les Saints et les intégrer dans la vie quotidienne, l''église leur a donné " le costume " de ceux qui les honoraient.
Saint Antoine décharné par le jeûne et tanné par le soleil devint un Chanoine Antonin à la barbe opulente, au manteau de bure brune marqué du Tau couleur bleu. Saint Hubert avec son cerf, saint Gilles et sa biche etc..)
Et comme il était de bon ton que les corporations se mettent sous la protection de l''Eglise et de ses Saints, les charcutiers trouvèrent naturel de prendre saint Antoine et son cochon comme saint Patron. Ils créèrent en 1475 la Confrérie des Chevaliers de saint Antoine, disparu puis remise à l''honneur en 1966. Les couleurs du médaillon sont bleu et doré, bleu pour la couleur du fond de l''écusson donné par Louis XII aux charcutiers lors de la déclaration de leurs patentes.
Les papetiers des Vosges le prirent aussi pour Patron parce que l''outil qui sert à sortir le papier des cuves est en forme du T de Tau.
Les Vanniers parce que les Antonins tressaient des corbeilles pour occuper leur solitude et aider les pauvres.
Et naturellement, St Antoine est devenu patron des trufficulteurs quand la truffe ne fût plus considérée comme manifestation du malin, mais comme " met de choix " tant sur les tables royales que papales. Le cochon permettait non seulement de bien se nourrir, d''avoir des réserves pour l''hiver. Il fut réhabilité, de plus son odorat puissant permettait le cavage des truffes.
Remarquons que dans le Vaucluse, de nombreuses communes ont pour saint Patron, saint Antoine, Richerenches, La Roques sur Pernes. Saint Antoine " près de L''Isle sur Sorgue, Valréas avec la Foire de saint Antoine. Certainement des lieux ou vécurent non loin des Frères Hospitaliers. …
Les rabassiers sont toujours sous la protection de ce saint, la tradition perdure encore de nos jours et aux faits authentiques de la vie de st Antoine, la légende populaire a joint ses interprétations poétiques et fabuleuses.
Nos lointains descendants verront peut être le cochon de saint Antoine se transformer en chien truffier et un esprit malin verra dans le T du Tau, la lettre magique du T de Terfez de Tuber ou de Truffes. A moins que la truffe ne disparaisse de nos terres…..
D.Payen-Bernard"
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:30:08 (4155 lectures)
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Vie de St Antoine par St Athanase
Invite a écrit : "Antoine, né vers 251 en Haute Egypte, avait dix-huit ans lorsque moururent ses parents, chrétiens à la fortune considérable, qui lui laissaient le soin d''élever sa petite sœur. Observant et pratiquant, il fut un jour vivement frappé par cette invitation de Jésus : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans le ciel : viens et suis-moi ! » (Mat, XIX 21). Il obéit, mais fit toutefois une réserve des ressources nécessaires à sa sœur. Bientôt il fut impressionné par une autre parole du Sauveur : « Ne vous mettez pas en peine du lendemain. » (Mat, VI 34). Il se débarrassa de sa réserve, confia sa sœur à une communauté de vierges, et se retira dans une solitude voisine de Qéman, entre Memphis et Arsinoé ; conduit par un vieil ascète, Antoine partagea son temps entre la prière et le travail. Cette demi-retraite ne lui suffit pas longtemps ; quand sa réputation lui amena trop des visiteurs, il se réfugia dans un des anciens tombeaux égyptiens de la montagne où, de temps à autre, un ami lui apportait des provisions. Là commencèrent ses tribulations : le démon lui livrait de furieuses attaques. Un matin l''ami charitable le trouva étendu inanimé sur le sol ; il le rapporta au village où, le croyant mort, on prépara ses funérailles. Antoine reprit ses sens et demanda à être ramené immédiatement dans sa grotte.
Les assauts du démon continuèrent. Antoine chercha une retraite encore plus profonde, au delà du Nil. Vingt ans, il vécut enfermé dans un château ruiné, toujours aux prises avec Satan.
« Le diable, qui hait tout ce qui est digne de louange et qui envie toutes les bonnes actions des hommes... résolut d''user contre lui de tous les efforts qui seraient en sa puissance. La première tentation dont il se servit pour le détourner de la vie solitaire, fut de lui mettre devant les yeux les biens qu''il avait quittés, le soin qu''il était obligé d''avoir de sa sœur, la noblesse de sa race, l''amour des richesses, le désir de la gloire, les diverses voluptés qui se rencontrent dans les délices, et tous les autres plaisirs de la vie. Il lui représentait d''un côté les extrêmes difficultés et les travaux qui se rencontrent dans l''exercice de la vertu, la faiblesse de son corps, le long temps qui lui restait encore à vivre ; et, enfin, pour tâcher de le détourner de la sainte résolution qu''il avait prise, il éleva dans son esprit comme une poussière et un nuage épais de diverses pensées. Mais se trouvant trop faible pour ébranler un aussi ferme dessein que celui d''Antoine, et voyant qu''au lieu d''en venir à bout, il était vaincu par sa constance, renversé par la grandeur de sa foi et porté par terre par ses prières continuelles, alors, se confiant avec orgueil, selon les paroles de l''Évangile, aux armes de ses reins, qui sont les premières embûches qu''il emploie contre les jeunes gens, il s''en servit pour l''attaquer, le troublant la nuit et le tourmentant de jour, de telle sorte que ceux qui se trouvaient présents voyaient le combat qui se passait entre eux. Le démon présentait à son esprit des pensées d''impureté, mais Antoine les repoussait par ses prières. Le démon chatouillait ses sens, mais Antoine rougissait de honte, comme s''il y eût en cela de sa faute, fortifiait son corps par la foi, par l''oraison et par les veilles. Le démon se voyant ainsi surmonté, prit de nuit la figure d''une femme et en imita toutes les actions afin de le tromper ; mais Antoine élevant ses pensées vers Jésus-Christ et considérant quelle est la noblesse et l''excellence de l''âme qu''il nous a donnée, éteignit ces charbons ardents dont il voulait, par cette tromperie, embraser son cœur. Le démon lui remit encore devant les yeux les douceurs de la volupté, mais Antoine, comme entrant en colère et s''en affligeant, se représenta les gênes mortelles dont les impudiques sont menacés et les douleurs de ce remords qui, comme un ver insupportable, rongera pour jamais leur conscience. Ainsi, en opposant ces saintes considérations à tous ces efforts, ils n''eurent aucun pouvoir de lui nuire. Et quelle plus grande honte pouvait recevoir le démon, lui qui ose s''égaler à Dieu, que de voir une personne de cet âge se moquer de lui et que, se glorifiant comme il fait, d''être par sa nature toute spirituelle élevé au-dessus de la chair et du sang, de se trouver terrassé par un homme revêtu d''une chair fragile ? Mais le Seigneur qui, par l''amour qu''il nous porte, a voulu prendre une chair mortelle, assistait son serviteur et le rendait victorieux du diable. » (Saint Athanase, Vie de Saint Antoine)
Sollicité par les visiteurs qui venaient lui demander ou des miracles ou une règle de vie, il établit en 305 des ermitages où ses disciples, attentifs à ses discours et s''inspirant de ses exemples, pratiquaient un héroïque détachement.
En 311, Antoine entendit dire que la persécution de Maximin ensanglantait l''Egypte ; il descendit à Alexandrie pour encourager les martyrs et partager leurs souffrances. Il s''attendait à être mis à mort, mais il ne fut pas inquiété. L''année suivante, il reprit le chemin de sa solitude ; animé d''une sainte émulation, il s’y imposa des jeûnes et des veilles plus austères. Il s''enfonça dans le désert de la Haute Egypte pour fixer sa résidence au mont Qualzoum, appelé plus tard Mont Saint Antoine, où il s''installa près d''une source, au milieu d''une palmeraie. Il cultivait lui-même un petit jardin pour aider à sa subsistance. Les disciples restés près du Nil construisirent le monastère de Pispir où Antoine les venait visiter à intervalles réguliers. Dans ses dernières années, il permit à deux de ses disciples, Macaire et Amathas, de rester près de lui. De 312 jusqu''à sa mort, Antoine demeura dans son ermitage où il y recevait des visiteurs animés de dispositions fort diverses : les uns lui demandant des miracles ou des enseignements, les autres cherchaient à l''embarrasser, comme ces philosophes grecs ou ces ariens qu''il réduisit au silence. Athanase, son futur biographe, y vint à plusieurs reprises ; l''empereur Constantin lui écrivit pour se recommander à ses prières.
Vers 340, se place la rencontre d''Antoine et de l''ermite Paul dans les circonstances qu''a décrites saint Jérôme, dans la vie du second. Antoine ambitionnait d''imiter plus parfait que lui ; il apprit en songe qu''un anachorète, riche en mérites, vivait depuis longtemps dans une partie du désert qu''il croyait inhabitée. Sans tarder, il se mit à la recherche du saint homme, parvint non sans peine jusqu''à sa cellule, mais la trouva fermée. Paul qui l''avait pressenti, ne veut voir aucun être humain. Enfin, Paul céda aux instances réitérées d''Antoine, et les deux ermites tombèrent dans les bras l''un de l''autre, se saluant mutuellement par leur nom, s''entretenant des choses de Dieu, pendant qu''un corbeau apportait leur nourriture, un pain entier ce jour-là. On sait comment Paul mourut en l''absence de son visiteur, et reçut d''Antoine la sépulture dans une fosse que creusèrent deux lions du désert. Sur la fin de sa vie, Antoine descendit une seconde fois à Alexandrie où il convertit nombre d''hérétiques et d''infidèles. Peu après son retour, il annonça à ses deux disciples sa mort prochaine, leur fit promettre de ne révéler à personne le secret de sa tombe, légua à saint Athanase son manteau de peau et celui sur lequel il dormait. Il expira doucement en 356, un 17 janvier selon la tradition.
Bien qu''il n''ait pas laissé de règle écrite, Antoine fut vraiment l''initiateur du monachisme. Antoine voulut que sa tombe fût secrète pour que l''on n’honorât pas ses reliques, mais son corps fut retrouvé et transféré à Alexandrie, puis à Constantinople (vers 633) où une église fut bâtie sous son vocable.
Des documents du XIII° siècle, conservés à l''abbaye de Saint-Antoine de Viennois, attestaient que le corps fut apporté en Occident par un seigneur du Dauphiné, Jocelin, fils du comte Guillaume, qui l''aurait reçu de l''empereur de Constantinople, lors d’un pèlerinage en Terre Sainte. Aymar Falcon qui s''est servi de ces documents (XVI° siècle), place ce pèlerinage vers 1070, et la translation des reliques de saint Antoine à la Motte-Saint-Didier sous Urbain II. La localité prit le nom de Saint-Antoine-de-Viennois. Le culte de saint Antoine en Occident qui est devenu très populaire depuis cette époque, a pris son extension à l''occasion d''un mal étrange, une sorte de fièvre désignée sous les noms de feu sacré, de feu morbide, de feu infernal ou de feu de saint Antoine, le saint guérissant de ce mal ceux qui avaient recours à son intercession. Le noble Gaston, ayant avec son fils bénéficié de cette faveur, fonda à Saint-Antoine-de-Viennois un hôpital et une confrérie dont les membres devaient consacrer leur vie à soigner les malheureux atteints de ce mal. La confrérie, approuvée au concile de Clermont par Urbain II, fut confirmée comme ordre hospitalier par Honorius III (1228). Telle fut l''origine des Antonins qui furent chargés de la garde du sanctuaire et des reliques, enlevés aux bénédictins de Montmajour. ', 'Vie de Saint Antoine
Je vois que le Seigneur m''appelle à lui, et ainsi, je vais, comme il est écrit, entrer dans le chemin de mes pères. Continuez en votre abstinence ordinaire. Ne perdez pas malheureusement le fruit des saints exercices auxquels vous avez employé tant d''années, mais, comme si vous ne faisiez que commencer, efforcez-vous de demeurer dans votre ferveur ordinaire. Vous savez quelles sont les embûches des démons. Vous connaissez leur cruauté et n''ignorez pas aussi leur faiblesse. Ne les craignez donc point, mais croyez en Jésus-Christ et ne respirez jamais autre chose que le désir de le servir. Vivez comme chaque jour croyant devoir mourir. Veillez sur vous-mêmes et souvenez-vous de toutes les instructions que je vous ai données... Travaillez de tout votre pouvoir pour vous unir premièrement à Jésus et puis aux saints, afin qu''après votre mort ils vous reçoivent, comme étant de leurs amis et de leur connaissance, dans les tabernacles éternels. Gravez ces choses dans votre esprit. Gravez-les dans votre cœur... Ensevelissez-moi donc et me couvrez de terre ; et, afin que vous ne puissiez manquer à suivre mon intention, faites que nuls autres que vous ne sachent le lieu où sera le corps que je recevrai incorruptible de la main de mon Sauveur lors de la résurrection. Quant à mes habits, distribuez-les ainsi : donnez à l''évêque Athanase une de mes tuniques et le manteau que j''ai reçu de lui tout neuf et que je lui rends tout usé. Donnez mon autre tunique à l''évêque Sérapion, et gardez pour vous mon cilice. Adieu, mes chers enfants. Antoine s''en va et n''est plus avec vous.
Saint Athanase"
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Les confréries du Landeron, par l'Abbé Bourgoin
Invite a écrit : "Gaston Bourgoin, membre de la Confrérie de Saint-Antoine Société suisse des traditions populaires, Imprimerie G. Krebs Librairie Editeur S.A., Bâle 1947 Extrait du Folklore Suisse - Tome XXXVII (1947) no.1 et 2
Au milieu des bouleversements que l’histoire du monde entraîne nécessairement avec elle, il est curieux de constater la survivance de coutumes et traditions que les temps révolus nous ont léguées et qui persistent en dépit de tous les obstacles. Telles coutumes locales sont aussi vivaces aujourd’hui qu’il y a quelques siècles ; à les vivre, on respire comme un parfum qui vient du fond des âges.
Les deux confréries du Landeron (1) ont su garder ce cachet un peu vieillot qui fait leur charme et qui est une caractéristique de la vie de l’antique bourgade. L’une est établie sous le vocable de saint Antoine, ermite, l’autre, sous celui des martyrs saints Fabien et Sébastien. Cette dernière, dans le langage courant, s’appelle plus simplement la confrérie de saint Sébastien ; le culte du fameux soldat de Dioclétien, martyrisé sur ordre de son maître, étant plus répandu que le culte du pape Fabien, dix-neuvième successeur de saint Pierre. Quant aux confrères, on leur donne les noms plus populaires d’ »Antoines » et de « Bastiens ».
Une remarque s’impose au début de cette étude. L’appartenance à l’une ou l’autre confrérie n’est pas laissée au libre choix de chacun ; elle est déterminée par la tradition. Seules les vieilles familles bourgeoises du Landeron peuvent en faire partie. Les familles Bourgoin, Girard, Plattet et Varnier forment la confrérie de saint Antoine, tandis que les familles Bellenot, Bonjour, Digier, Frochaux, Gicot, Guenot, Muriset, Perroset, Quellet et Ruedin constituent la confrérie de saint Sébastien.
I Origine
Le culte de saint Antoine ne pénétra guère dans nos régions, avant le XIII ème siècle. A cette époque, une chapelle est placée sous son patronage à Avenches. Un peu plus tard, on lui dédia des hôpitaux : celui de Berne par exemple au XV ème siècle. Quant à saint Sébastien, c’est vers la même époque, semble-t-il, qu’il devint populaire chez nous. Ces deux saints, auxquels on adjoignait volontiers saint Roch de Montpellier, étaient invoqués particulièrement dans les temps de peste (2). L’un des chefs-d’œuvre de Nicolas Manuel Deutsch, conservé au Musée des Beaux-arts de Berne, représente précisément saint Antoine guérissant des malades et des possédés du démon.
Ne faudrait-il pas rechercher dans la dévotion populaire à ces saints, invoqués en temps d’épidémie, l’origine de nos confréries, de celle de saint Antoine tout au moins ? Dès 1357, une confrérie du Saint-Esprit existait au Landeron et y possédait un hôpital. On retrouve dans cette association de charité les noms qui figureront plus tard dans les registres de nos confréries actuelles. Ne pourrait-on pas supposer dès lors qu’on a substitué au vocable du Saint-Esprit celui de saint Antoine, quand la dévotion à ce saint fut répandue dans la paroisse ?
L’origine de la Confrérie de Saint Sébastien est mieux connue. Le 18 janvier 1471, Rodolphe de Hochberg, comte de Neuchâtel, octroyait aux compagnons du Landeron jouant au jeu de la collovrine une première charte de franchise et de libertés. Ce fait laisse supposer que la fondation de cette association d’artilleurs et d’arbalétriers remonte à quelques années auparavant. Malheureusement, ce précieux document qui « n’était qu’en papier » devint « fort caduc et rompu ». Une confirmation de cette première charte devint nécessaire. Elle fut donnée, le 27 juin 1525, par le bailli Bernard Schiesser, qui administrait le compté au nom des douze cantons occupant alors le pays de Neuchâtel. La confrérie avait le droit d’affermer les charrois de vin sur les territoires du Landeron et de Cressier ; elle pouvait « tenir » les jeux de dés et de cartes ; elle organisait les concours de tirs. Mais et cela prouve le rapport existant entre cette compagnie de tireurs à l’arbalète et l’actuelle confrérie, les membres avaient le devoir de faire célébrer une grand’messe le jour de la fête de saint Sébastien et d’y assister.
La charte de 1525 reprend les dispositions des documents antérieurs, en ajoute d’autres, fixe certains détails que nous retrouvons encore aujourd’hui ou qui ont disparu au cours du siècle passé et précise enfin le règlement du tir.
Y a-t-il eu à l’origine une ou deux confréries distinctes ?
La question vaut la peine d’être posée. Le 11 mars 1500, Guillaume, veuve de Jacques Rossel et Girarde, femme de Jean Dosta, toutes deux filles et héritières de « Perresson jaidis femme de Girard Faisieux », certifient que leur mère « à son dernier trespas, a donné ung morcel de vigne gesant ou vignoble du Landeron, … à la chappelle et confrairie de sainct Anthoine, de sainct Fabien et de sainct Sebastien, fondée en l’esglise de Monseigneur sainct Morys, perrochial du Landeron, pour le remede et salust de son ame (3) ». La même année 1500, plusieurs cardinaux, à la demande de noble Jean Brement, châtelain du Landeron, accordent cent jours d’indulgence aux fidèles qui visiteront « la chapelle des saints Antoine, Fabien et Sébastien, située en l’église paroissiale de saint Maurice du Landeron », à certains jours de fête et contribueront à la pourvoir en objets du culte (4). De plus, en 1506, un contrat est passé entre la confrérie et le curé de la paroisse pour régler l’établissement d’un chapelain chargé de célébrer deux messes par semaine à cette chapelle.
D’une part ces textes (le premier surtout) seraient assez clairs pour attester l’existence d’une confrérie unique. D’autre part, ce que nous avons avancé concernant l’origine de la confrérie de saint Sébastien montrerait que dès le commencement, ces associations furent distinctes : en effet, le document de 1525, qui reprend celui de 1471, ne contient aucune allusion à la confrérie de saint Antoine.
A notre humble avis, en 1500, il y avait, semble-t-il deux associations. L’une plus « profane » groupait « les compagnons de la ville du Landeron jouant au jeu de la collovrine » et regardait saint Sébastien comme son patron. L’autre essentiellement religieuse, qui dut succéder à l’antique confrérie du Saint-Esprit, était placée sous le vocable « des saints Antoine, Fabien et Sébastien ». A elle, appartenait la chapelle, (nous dirions aujourd’hui l’autel) dédiée aux dits saints, chapelle, bénéficiaire de la faveur des cardinaux et héritière de dame Perresson.
Sous l’influence des événements provoqués par la Réforme, la société de tir à l’arbalète et à la couleuvrine se vit amenée à prendre diverse dispositions pour aider à protéger la foi catholique dans la petite ville (5). Ainsi, on fixa l’heure des exercices de tir à l’issue du service divin et un article spécial du règlement prévoyait une amende de cinq sols pour « quiconque jurera et blasfémera le nom de Dieu de Nostre Dame et des Saincts … (6).
C’est vers 1538, semble-t-il, que cette association commença à intensifier son caractère religieux sans abandonner pour autant le noble jeu de l’arbalète. Malgré tout, dans la suite, ces exercices perdirent peu à peu de leur attrait. Dès ce moment, les deux confréries poursuivirent les mêmes buts, en suivant des chemin parallèles, l’une, la confrérie de saint Antoine gardant son siège à l’église paroissiale ; l’autre, la confrérie de saint Sébastien établissant le sien en la chapelle des Dix Mille Martyrs, fondée en 1455, dans le bourg même.
II Encore un peu d’histoire
Relevons quelques faits qui ont marqué la vie de nos confréries durant les quatre siècles et demi de leur existence.
Les règlements successifs donnaient des directives précises sur la manière de procéder aux élections des dignitaires. Or, en 1538, la Bourgeoisie prétendit s’arroger le droit de nommer le « Maître » de la confrérie. En date du 3 mars 1538, Georges de Rive, gouverneur du comté, confirma « le droit délire un maître et de lui adjoindre un lieutenant pour le cas où le dit maître serait occupé aux affaires de la Comtesse ou de la Ville du Landeron, ou encore, qu’il soit trop débilité de corps pour gérer sagement les affaires ».
Plus tard, un conflit s’éleva entre les deux associations au sujet de leurs revenus. On leur avait concédé le droit de prélever sur les étrangers habitant le bourg un impôt, dénommé d’abord « quartemps », puis plus tard, « giets d’habitation ». A l’origine, les revenus de cet impôt étaient partagés par moitié entre les deux confréries. Mais la confrérie de saint Sébastien étant devenue la plus nombreuse, réclama le partage par tête. « Messieurs les Antoines » entendaient rester fidèles à la tradition. Le litige, soumis d’abord au châtelain du Landeron, le sieur Bergeon, fut porté ensuite devant François-Pierre d’Affry, gouverneur, qui donna gain de cause à la confrérie de saint Sébastien tout en souhaitant d’ailleurs que les fonds ainsi recueillis constituent un capital destiné «à satisfaire les dépenses et les charges de la Bourgeoisie » (16 septembre 1685). Le conseil ne fut pas suivi. Deux siècles plus tard, le Conseil de ville du Landeron prétendit prélever une certaine somme sur les « giets d’habitation », se montant alors à vingt batz par étranger établi. D’un commun accord, les confréries recoururent au Conseil d’Etat qui, par arrêté du 1er mars 1841, les maintint au bénéfice de la décision de François-Pierre d’Affry, en les chargeant toutefois de l’entretien des rigoles de la ville. Cet impôt fut perçu par les confréries jusqu’en 1858 (7). Les ressources des confréries avaient fini, à la longue par constituer un petit capital, mis souvent à la disposition des confrères ou des autres habitants du bourg. On a voulu voir dans nos confréries des précurseurs des Caisses de Crédit Mutuel, c’est pousser trop loin la comparaison, résultant du fait que l’on obtenait des prêts de la « bourse » de ces associations. Quand les banques n’existaient pas encore et que l’on avait besoin d’argent, on s’adressait très volontiers aux organisations religieuses qui avaient des fonds à faire valoir. Le curé, le chapelain, le recteur d’un autel prêtaient les capitaux de leurs « bénéfices » et vivaient les revenus (8). C’est certainement en se basant sur les mêmes principes que les confréries du Landeron (et d’ailleurs) ont fait « en quelque sorte figure de banque dans la région (9) ». Quoi qu’il en soit, les taux étaient des plus modestes et les conditions de remboursement très bienveillantes. On a souvent cité le cas de cet emprunt conclu en 1653 et qui ne fut entièrement remboursé à la confrérie de saint Sébastien qu’en 1804.
Les revenus ont aussi servi à des buts d’utilité plus grande. Ainsi en 1728, les confréries participent à la construction de l’ orgue par un don de 60 écus chacune ; en 1829, elles concourent à l’édification de la nouvelle église paroissiale ; en 1865, la confrérie de saint Sébastien aide à la restauration de l’autel principal de la chapelle des Dix Mille Martyrs.
III Les « maisons » des confréries
Le lieu canonique auquel est rattachée la confrérie est évidemment l’autel de saint Antoine, érigé en l’église paroissiale, pour la confrérie de saint Antoine et l’autel des saints Fabien et Sébastien, en la chapelle des RR. PP. Capucins pour la confrérie de saint Sébastien.
Mais dès le milieu du XVI ème siècle, ces associations ont possédé des immeubles. C’est ainsi que la « maison de la tour », située entre la tour de l’horloge et le château, devint en 1542, propriété de la confrérie de saint Sébastien, qui y tint désormais ses assisses. En 1807, lors d’un partage des biens de l’association, cette demeure fut vendue, sous la condition que les Bastiens puissent continuer à s’y réunir. Aujourd’hui cependant, l’assemblée annuelle se tient dans la salle de l’Hôtel de Ville. Quant à la « maison de la tour », la Société immobilière de la Confrérie de Saint Sébastien la racheta en 1917. Cette société, accessible seulement aux confrères (tous n’en faisaient pas partie), s’était constituée uniquement dans le but de conserver à l’association son local traditionnel de réunion. Elle n’avait qu’un rapport indirect avec la confrérie; elle fut liquidée en 1939, lorsque « la maison de la tour » fut acquise par la commune du Landeron.
Au mois de mars 1544, la confrérie de saint Antoine recevait une vigne d’un ouvrier et demi environ que lui avait léguée Bastian Raga « pour le remède de son âme ». En 1550, elle échangeait cette vigne contre une maison, propriété de Pierre Vallier, châtelain du Landeron. Mais parce que « la dite maison était mieux vaillable que la dite vigne », les Maîtres de la confrérie, Jaquet Bourquenier et Varnier Motarde, payèrent en plus la somme de 900 livres, monnaie de Soleure et s’engageaient en outre à acquitter chaque année à l’ancien propriétaire un cens de 18 deniers, comme droit féodal. Trois ans plus tard, la confrérie dut défendre contre les héritiers de Bastian Raga son droit de disposer librement de la vigne en question. Elle obtint gain de cause. La maison était située près du rempart de la cité « devers bize ». Un acte de 1675 attribue à la Ville du Landeron la propriété de « la maison de la Confrairie Sainct Antoine », qui en tous cas, aujourd’hui et depuis plus d’un siècle, appartient à la famille de M. Charles Bourgoin. Cependant, en vertu d’une coutume immémoriale, les confrères continuent à se réunir dans une chambre de cet immeuble, portant le no.35 au cadastre actuel du Landeron. Ils n’ont plus aucun droit réel ; mais cette maison leur ayant appartenu dès 1550 et peut être jusqu’au milieu du XVII ème siècle (10), ils sont venus d’année en année y tenir leurs assises. Au cours du siècle passé, un incendie l’ayant ravagée, le propriétaire, père de notre « tenancier » actuel, s’offrit à demander lui-même la salle de l’Hôtel de Ville et à chauffer ce local provisoire. Dans le même temps, la confrérie réparait à ses frais le beau fourneau de catelles qui orne la chambre familiale (11).
Aujourd’hui, comme autrefois, le confrère traverse le long corridor étroit qui débouche dans le « vicie ! », il gravit les marches de pierre de l’escalier tournant et pénètre dans cette pièce accueillante. Là, il se sent chez lui. Comment pourrait-il en être autrement ? Tant de générations d’Antoines s’y sont succédées ! Dans l’embrasure de la fenêtre, le vieux coffre est ouvert ; un curieux en retire avec respect les antiques parchemins et les papiers jaunis. Autour de la table ronde, le bureau a pris place. Faut-il avouer qu’à la cuisine toute proche, des confrères malicieux « chinent » les propriétaires ? Tout à l’heure, l’assemblée se déroulera dans une atmosphère d’intimité et non sans humour, sous le regard bienveillant de Mgr Besson, dont on voit le portrait au milieu des armoiries des confrères.
Car, et voilà bien une caractéristique de nos confrères, chaque membre des deux associations est tenu d’apposer dans la salle des réunions un panneau peint à ses armes et portant son nom et la date de la réception. Il semble que cet usage exigé par les règlements, remonte au commencement du XVI ème siècle. Après la mort du titulaire, cet emblème personnel est rendu à la famille. Avec les auteurs de ce magnifique ouvrage qu’est l’Armorial neuchâtelois, on ne peut que regretter cette disposition de nos coutumes. Si ces panneaux étaient demeurés la propriété des confréries, comme c’est le cas, à Neuchâtel, pour les panneaux des membres de « la Noble Compagnie des Mousquetaires », ils auraient constitué une source importante de l’héraldique neuchâteloise et landeronnaise (12).
Cependant « Papa Bourquoin », propriétaire actuel de l’antique maison de la confrérie de saint Antoine, se fait vieux. Les « Antoines » pourront-ils toujours se réunir dans leur ancien local, lorsque leur « tenancier » ne sera plus là pour les accueillir ? Les « Bastiens », eux, ont déjà abandonné la « Maison de la tour ». Comme autrefois, ils tiennent leur séance du dimanche de la fête dans la grande salle de l^Hôtel de Ville. Quant à l’assemblée des comptes, elle a lieu dans un nouveau local, mis obligeamment à la disposition des deux confréries par la Corporation de Saint Maurice. Cette association de droit public, à laquelle appartiennent tous les anciens bourgeois du Landeron, possède entre autres le château du vieux Bourg. Une grande salle a été aménagée en salle de théâtre, une autre en salle de réunions pour les sociétés paroissiales. Il restait encore un endroit disponible, la « chambre de la question ». Agréablement restaurée par les soins de la Corporation, cette chambre, malgré les souvenirs funestes qu’elle évoque, est très sympathique. Les Bastiens, qui l’utilisent depuis 1942, y ont déjà aménagé leur coin : une statue de saint Sébastien datant du XV ème siècle domine la rangée des panneaux armoriés et on y peut lire, affiché, un vieux règlement de tir. Les confrères se sentent absolument chez eux. L’âme de ceux qui furent mis à la question en ce lieu ne trouble en aucune manière la réunion qui s’y déroule. Et les gémissements des malheureux prévenus, à qui l’on arrachait des aveux par la torture, ont fait place aujourd’hui à la bonne humeur de chacun des assistants. La « chambre de la question » vous attend, Messieurs des Antoines. Elle n’aura peut être pas l’atmosphère « familiale » que vous aimez à respirer « chez vous », mais vous saurez la rendre si accueillante, que vous y serez parfaitement à l’aise.
IV Maîtres et domestiques
Ne craignez rien, je n’ouvre pas ici un chapitre de sociologie. Mais les dignitaires de nos confréries landeronnaises étant ainsi désignés, il faut bien parler de « Maîtres » et de « Domestiques ». Nous avons dit plus haut qu’en 1538, la Bourgeoisie avait voulu s’arroger le droit de nommer le Maître de la confrérie. Ce droit fut reconnu aux confrères par le gouverneur du comté, Georges de Rive. Tous les règlements, même les plus anciens, font une obligation aux compagnons de choisir parmi eux celui qui sera chargé de gérer les affaires de la confrérie. Autrefois, le Maître des Bastiens devait encore diriger les exercices et les concours de tir. Aujourd’hui, la seule attribution de ce dignitaire est de tenir les comptes de l’association. Depuis un certain temps, en effet, les confréries se sont donné un président pour diriger les assemblées et un secrétaire pour en rédiger le procès-verbal.
Chaque confrère doit remplir à tour de rôle, selon l’ordre chronologique, la fonction de Maître de la confrérie. Au bout de l’année, il dépose son mandat et ses collègues élisent sans difficulté son successeur en la personne de celui qui vient après lui par rang d’âge. Le président se lève et adresse à l’élu le « compliment » suivant : « D’après le rôle et selon le désir des confrères, vous êtes nommé Maître de l’honorable confrérie de saint Antoine. Vous avez sous vos ordres un garçon de confrérie à qui vous faites convoquer les confrères pour assister aux messes et aux enterrements des confrères défunts, lorsque vous en êtes requis. Vous tiendrez bon et fidèle compte des recettes et dépenses des fonds qui vous sont confiés, comme aussi vous serez fidèle à remplir toutes les obligations que votre charge vous impose. C’est ainsi que vous le promettez ? ». Le nouveau Maître donne sa promesse et entre en fonction le lendemain, après la reddition des comptes présentés par son prédécesseur.
« Faire son tour de Maître », pour employer l’expression consacrée est tout un événement, car on n’est Maître qu’une fois dans sa vie (13). Aussi comprend-on la joie du banquet qui, au soir de la fête, réunit autour du Maître sa famille en liesse et ses amis. Dans les réunions amicales de la confrérie, « le Maître doit être gai, souriant, bienveillant pour tout le monde ; il doit savoir faire battre un ban …, avoir le cœur et porte-monnaie sur la main (14) ».
Le Maître est aidé dans ses fonctions par le « garçon » ou, comme on l’appelle plus communément aujourd’hui par le « domestique » de la confrérie. Le « domestique » est élu suivant les principes qui président à l’élection du Maître. A lui aussi, le président adresse la courte allocution suivante : »D’après votre tour de rôle, vous êtes nommé garçon de l’honorable confrérie de saint Antoine. Vous devez porter respect et obéissance à notre Maître, qui vous fera convoquer les confrères pour assister aux messes et enterrements des confrères défunts. Vous tiendrez une liste exacte des manquants sans avoir de « support » pour personne. C’est ainsi que vous le promettez ? ». La confrérie de saint Sébastien choisit toujours deux « domestiques » pour une année, tandis que la confrérie de saint Antoine n’en a qu’un, mais elle le garde deux ans durant.
La charge de « garçon de confrérie » est de « citer les confrères de porte en porte », c’est-à-dire qu’il les convoque aux assemblées, offices et enterrements. Il emploie une formule qui rappelle celle dont usent les huissiers de tribunaux « citant » les témoins à comparaître devant telle ou telle instance judiciaire. Il doit également contrôler les présences, car les confrères absents sans excuse sont passibles d’une amende ; voilà pourquoi on fait promettre au « domestique » de n’avoir de « support » pour personne.
Avant de clore ce chapitre, on nous permettra d’évoquer un souvenir personnel. Les membres externes de la confrérie peuvent être revêtus des différentes charges qui incombent aux confrères. Ils remplissent leur rôle le jour de la fête et se font remplacer pendant la durée de leur mandat. C’est ainsi qu’en 1939, nous étions chargé de la fonction de « domestique », en même temps que notre père remplissait pour la seconde fois celle de Maître. Cette coïncidence était déjà frappante, mais de plus et je crois que c’est là un fait unique dans les annales de nos confréries, nous avions été chargé par le Révérend Curé de la paroisse de prononcer le sermon de circonstance à l’office solennel de la fête. Cet ensemble de coïncidences a non seulement permis au «domestique » que nous étions de remplir son rôle de manière idéale, mais il a fait plaisir à tous les confrères et à toute la paroisse.
V Cérémonies communes aux deux confréries
Plusieurs coutumes et cérémonies sont communes aux deux confréries. C’est ainsi que la veille de la fête, les confrères assistent, les Antoines à l’église paroissiale, les Bastiens à la chapelle de la ville, aux premières vêpres chantées en l’honneur de leurs saints patrons. Le dimanche de la fête, revêtus de leurs habits de cérémonie, frac ou jaquette et « tube », ces Messieurs se disposent à assister à l’office divin célébré à leurs intentions dans leur église respective. L’après-midi, ils reviennent à vêpres, puis ils passent ensemble quelques agréables moments.
Entre temps, a lieu une réunion de caractère plus solennel. Les Antoines la tiennent immédiatement avant Vêpres à leur local habituel, les Bastiens, dès la sortie de l’office, dans la grande salle de l’Hôtel de Ville, qui se trouve au premier étage, au dessus de la chapelle des Dix Mille Martyrs. C’est au cours de cette assemblée que sont désignés les dignitaires de la confrérie et admis les candidats, que dans le langage confraternel, on appelle les « repris ». C’est à dix huit ans révolus que le jeune bourgeois du Landeron est « repris » dans sa confrérie. Il ne peut pas choisir entre les deux, celle des Antoines et celle des Bastiens : son appartenance à telle ou telle confrérie est déterminée par son nom de famille. Dès que l’assemblée s’est prononcée sur l’admission des récipiendaires, le président leur adresse le petit discours suivant : « D’après l’extrait de naissance que vous avez présenté à l’assemblée et ayant l’âge accompli, vous êtes reçus membres bénéficiant de l’honorable confrérie de saint Antoine. Vous devez assister régulièrement aux messes et enterrements des confrères défunts, lorsque vous serez convoqués. Vous promettez en outre de vivre et de mourir dans la religion catholique apostolique et romaine. C’est ainsi que vous le promettez ? » (cette formule de promesse des « repris » et celles que nous avons lues plus haut du Maître et du domestique, sont employées par la confrérie de saint Antoine. La confrérie de saint Sébastien se sert d’une formule à peu près semblable, mais où le serment semble être mieux marqué, puisqu’elle se termine par ces mots : « aussi vrai que vous désirez que Dieu vous fasse paix et miséricorde ».
L’aîné des « repris » complimente alors les confrères. Le compliment, remarque M. Maurice Plattet, à qui nous empruntons ces détails, vieillit souvent dans le secrétaire de la famille … Il en existe quelques types, quelques passe-partout au Landeron. On le fait redire par les fils ou les petits-fils. Les jeunes n’en savent rien et les anciens ne s’en souviennent guère … M. le Curé prononce encore une courte allocution et l’assemblée s’achève par le petit cortège dont nous reparlerons tout à l’heure.
Le lendemain matin, tous se retrouvent à l’église paroissiale et assistent à l’office de Requiem célébré pour les confrères défunts. Au moment de l’offertoire, les confrères s’en vont déposer leur offrande et, de retour à leur place, ils écoutent debout la lecture du « Catalogue des Morts ». De la tribune, où l’orgue s’est tu, le président commence : « S’ensuivent les noms des défunts confrères de l’honorable Confrérie du bienheureux Antoine érigée au Landeron, pour lesquels on fait prières, aussi bien que pour tous les autres morts non ci nommés. » Et la liste d’évoquer depuis trente années en arrière les noms de ceux qui nous ont précédés avec le signe de la foi comme dit la liturgie ; noms de personnes très chères, où l’on retrouve ses parents, ses amis un époux ou une épouse partie prématurément. Ce sont des visages disparus qui reparaissent un instant, portés sur les ailes du souvenir. C’est le passé qui rejoint le présent au cours du Saint Sacrifice de la Messe où les vivants, communiant dans une même pensée, prient pour les morts don on cite les noms et « pour tous les autres non ci nommés ». C’est un vestige des antiques usages de l’Eglise qui, dans ses liturgies anciennes, rappelait toujours par la « lecture des Diptyques » soit le souvenir des défunts, soit le souvenir des absents, à qui l’on restait uni par les liens d’une même foi (15).
Dans ce « catalogue des morts », sont inscrits d’office les confrères défunts, les membres d''honneur de la confrérie et, moyennant un modeste droit d’inscription, les autres défunts pour lesquels on sollicite les suffrages de l’association. Ces nécrologes sont des plus intéressants à consulter. On y trouve les noms des souverains catholiques de Neuchâtel, jusqu’en 1707, et une foule d’indications précieuses concernant les confrères morts au loin et ensevelis, qui à Paris, qui à Strasbourg, en Lorraine et même en Amérique. On apprend qu’un Bonjour était chanoine de Belfort, que Messire Gaberel, curé du Landeron, était bachelier en Sorbonne, qu’un Ruedin finit ses jours à Saint-Domingue et que François-Deogratias Perroset trépassa à Versailles en 1819 (16).
Après l’office des défunts, il est d’usage de boire le verre de l’amitié et de manger le gâteau au fromage. Le lundi après-midi, c’est « l’assemblée des compte ». Le Maître sortant rend compte de son administration et partage le bénéfice éventuel de l’exercice entre les membres présents ou valablement excusés. Cette répartition porte elle aussi un nom spécial : c’est le « bon » auquel on tient non pas à cause de sa valeur, (durant ces dernières années, elle a fortement diminué), mais parce que ce bon représente la part d’un patrimoine que l’on a su conserver. Enfin, « le souper des comptes » réunit une dernière fois les confrères dans la soirée du lundi. Chacun y va de sa chanson ou de son historiette. On « porte la santé » au nouveau Maître et à l’ancien, au « tenancier » … et au confrère que l’on veut honorer et … qui a payé « une tournée » … Et la soirée se prolonge … et parfois, tard dans la nuit, l’on entend quelques refrains joyeux de confrères peu pressés de rentrer. Ce dernier acte de la fête est connu au Landeron, en langage de confrérie, sous le terme de « faire les comptes ». Autrefois, la Ville du Landeron s’associait à « cette comptabilité d’un genre spécial, en offrant le vin d’honneur aux deux confréries ; en 1870, elle préféra faire un geste définitif en remettant à chacune d’elle la somme de 250 francs dont les revenus devaient servir à l’achat du vin d’honneur » (17).
Le décès d’un confrère (ou de son épouse) donne à la confrérie à laquelle il appartient et, par une solidarité pleine d’une affectueuse sympathie, à la confrérie sœur, l’occasion de se réunir autour de sa dépouille mortelle pour l’accompagner à sa dernière demeure. Le cercueil du défunt est revêtu du drap funèbre, marqué au nom de sa confrérie. Au cours de la semaine suivante, celle-ci fera célébrer encore un service solennel pour le repos de son âme, service auquel tous les confrères seront tenus d’assister. A part la fête du saint patron, c’est là la seule manifestation de la vie de la confrérie durant l’année. Mais pour nous qui croyons à l’immortalité de l’âme, au Purgatoire et à la valeur de la prière pour les défunts, n’est-ce pas déjà une consolation de penser que la prière de nos confrères nous aidera à jouir plus tôt du repos éternel ?
VI Les coutumes spéciales
Les confréries qui ont plusieurs traits communs se distinguent cependant par quelques coutumes spéciales sur lesquelles il est bon de s’attarder un peu.
Et d’abord, qu’y a-t-il de particulier chez les Antoines ?
Rappelons que le siège canonique de cette confrérie est l’église paroissiale qui possède un autel dédié à saint Antoine. Une ancienne statue le surmonte que l’on décore d’un bouquet le jour de la fête. Le dimanche où dans nos paroisses mixtes on célèbre la fête de l’Epiphanie, donc le premier ou plus généralement le deuxième dimanche de janvier, les Antoines se réunissent pour « l’assemble de la vecque (18)». C’est une réunion préparatoire à la fête proprement dite, qui tire son nom d’un petit pain au lait de forme spéciale que reçoit chaque confrère. La « vecque » est un petit pain allongé, terminée par deux petits bourrelets, deux têtes, le long de laquelle le boulanger a, de la pointe d’un couteau, relevé un peu la pâte en plusieurs endroits disposés symétriquement. La « vecque », accompagnée d’une chopine de « Neuchâtel », est pour ainsi dire le jeton de présence attribué à chaque participant. Il va sans dire que la chopine est bue immédiatement, tandis que la vecque est réservée pour la maman ou les gosses. Nous n’avons pu recueillir aucun renseignement sur l’origine, la forme et le symbolisme de ce petit pain bien spécial aujourd’hui au Landeron. Nous ne sommes pas loin de croire à un vestige d’une très ancienne coutume … (19).
La fête principale a lieu le dimanche le plus rapproché de la fête de saint Antoine ermite, (17 janvier). A l’offertoire, tandis que par rang d’âge, les confrères s’avancent vers la table sainte pour déposer leur offrande et recevoir la bénédiction du prêtre (20), le chœur mixte chante la complainte traditionnelle à saint Antoine. Cette complainte semble avoir été composée au Landeron par un confrère de saint Antoine à une époque qu’il est impossible de déterminer. Elle a été plusieurs fois remaniée et corrigée. La version actuelle est due à la plume de M. Jean-Baptiste Bourgoin.
Au début de l’après-midi, les confrères tiennent leur séance solennelle où les dignitaires sont élus et admis « les repris ». Puis, deux par deux, précédés des Maîtres ancien et nouveau, celui-ci arborant avec fierté le bouquet blanc, insigne de sa dignité, ils se rendent en cortège à l’église, où ils assistent à vêpres, Les « repris » sont eux aussi décorés, ils portent le bouquet rouge et, avec le domestique également fleuri de rouge, ils ferment la marche.
Quant aux Bastiens, c’est en la chapelle des Dix Mille Martyrs, « dans la Ville », qu’ils célèbrent leurs patrons, saint Fabien et saint Sébastien, au jour même de leur fête, le 20 janvier, ou le dimanche suivant. Tous les fidèles se joignent à eux pour assister aux offices paroissiaux, dans ce lieu de culte cher aux catholiques landeronnais, où la veille déjà, ont été chantées les premières vêpres. Durant l’offrande, c’est aux accents du Sanctorum meritis, l’hymne consacré aux martyrs par la liturgie, que les Bastiens défilent. Après la messe, le célébrant bénit le vin que l’on offre aux confrères. La séance plénière suit immédiatement et se déroule dans la grande salle de l’Hôtel de Ville avec le même cérémonial employé le dimanche précédent par les Antoines. La séance levée, les confrères se groupent en un cortège se déroulant au son du tambour, tout autour de l’allée de tilleuls, plantée vers 1812, par Lespérut, gouverneur de la Principauté de Neuchâtel pour le prince Berthier. Aujourd’hui le cortège se disloque devant l’hospice des RR. PP. Capucins. Il n’y a pas si longtemps, on s’arrêtait devant la vieille cure, comme autrefois, lorsque M. le Curé y résidait.
Pour participer au cortège, les « repris » et les « domestiques » portent le bouquet rouge. Mais l’ancien et le nouveau Maître arborent chacun une chaîne d’argent, dont l’une artistiquement travaillée offre un intérêt particulier. La tradition en fait un cadeau de la duchesse de Nemours à la confrérie (21). Melle Noseda, à qui nous empruntons ce renseignement, a relevé encore à ce sujet dans le « Registre des Protocoles », que la confrérie de saint Sébastien avait même pris, en 1865, « la décision héroïque de vendre la chaîne d’argent déposée au coffre et d’en allouer la valeur pour contribuer aux réparations » de l’autel de la chapelle des Dix Mille Martyrs, qui tombait en vétusté. « Mais le premier feu de l’enthousiasme passé, on réfléchit … Et voici ce que nous lisons au procès-verbal de la séance suivante : Un membre de la confrérie a exposé la douleur et le regret que plusieurs confrères ont éprouvés en apprenant que la chaîne en argent déposée au coffre allait être vendue. Il fait la proposition de conserver ce glorieux souvenir des temps passé, souvenir donné à nos ancêtres comme un gage de leur fidélité inviolable à la religion catholique, mais en même temps de se procurer par une souscription la somme votée hier pour les réparations à faire à l’autel de la chapelle. Cette proposition a été mise aux voix et votée à l’unanimité (22) ».
… Après le cortège, chacun s’en va dîner puis revient assister à vêpres et la fête se déroule suivant les rites traditionnels.
VII Membres d’honneur de la confrérie
Nous avons eu l’occasion de voir au cours de cet exposé que seuls les bourgeois du Landeron – qu’ils habitent la localité ou qu’ils résident au dehors – peuvent être membre, les uns de la confrérie de saint Antoine, les autres de la confrérie de saint Sébastien. En sera-t-il toujours ainsi, ou bien les confréries admettront-elles un jour dans leur sein d’autres familles de la paroisse ? Ce serait logique, puisque les nouveaux venus partagent la même foi que les « confrères », remplacent ceux qui ne sont plus. A ce point de vue pourtant, l’état d’esprit actuel est le même que celui d’autrefois : les confréries restent fermées aux « étrangers ». En 1827, à la demande de Nicolas Weber d’être admis membre de la confrérie de saint Sébastien, il fut répondu, après qu’on en eut délibéré en séance, « qu’il n’y a pas d’exemple que la confrérie ait reçu aucun étranger comme membre honoraire, mais pour faire plaisir au dit Weber, on le reçoit pour les prières seulement, et sans qu’il puisse participer à aucun avantage ni avoir voix délibérative dans les assemblée de la confrérie (23) ». C’est net et cette règle a toujours été observée par les deux parties jusqu’à présent, quoique la confrérie de saint Antoine avec ses quatre familles et ses quelque quarante membres risque fort de disparaître … après quelques générations, à moins qu’un sursaut de vitalité n’écarte le danger. Quant à la perspective d’une fusion des deux vieilles associations parallèles, il n’en est pas question pour le moment, chacune respectant ses traditions propres et préférant rester sur ses positions.
Les confréries ne font par contre aucune difficulté « d’inscrire pour les prières » les personnes qui sollicitent cet honneur. Leurs noms seront portés après leur décès « au catalogue des morts » et seront lus au cours de l’office de Requiem, le lendemain de la fête des saints patrons. Certaines personnalités, inscrites sur les registres, sont nos confrères d’honneur. Tels sont M. le Curé de la paroisse, les Révérends Pères Capucins en résidence au Landeron, les prêtres invités à prononcer le sermon de circonstance à l’occasion de la fête. C’est ainsi qu’en 1922, Mgr Marius Besson (évêque du diocèse) a été reçu confrère d’honneur de la confrérie de saint Sébastien et, en 1929, de la confrérie de saint Antoine. (Mgr Besson, ne manquait jamais, lorsqu’il évoquait ces souvenirs de terminer son récit par ses mots : … Et ces Messieurs m’ont fait jurer de rester toujours bon catholique !).
VIII Petites histoires
On nous permettra de reproduire ici un passage des « Francs propos sur les confréries » que M. Maurice Plattet a publiés en 1941, dans le « Messager catholique romand », et que nous avons souvent cité. L’auteur qui connaît bien Le Landeron et ses traditions nous révèle quelques traits caractéristiques de la vie intime des confréries. Voici ce passage intitulé La petite guerre …
« Les archives nous rapportent qu’en 1538 les confréries se brouillèrent … avec la Bourgeoisie, au sujet de la nomination du Maître que chaque partie voulait nommer. On choisit comme arbitre Georges de Rive. A une autre époque encore, la confrérie de saint Antoine eut à soutenir un procès … contre celle de saint Sébastien … est-il étonnant, dès lors, que l’on se livre encore quelquefois, à la petite guerre ?
« Les Bastiens s’arrêtent volontiers à leurs hommes de tête … à leurs gens bien et influents. Ils sont surtout fiers de leur nombre et sont portés à considérer ces pauvres Antoines comme une quantité négligeable. Les Antoines, pour se consoler … se flattent de représenter le « bourgeois moyen » du Landeron, l’authentique terrien courbé sur son outil, une société plus homogène où l’on se sent mieux chez soi parce que l’on est peu nombreux … Les Antoines … c’est pas les Bastiens, déclarait une fois au cours d’une discussion nourrie un brave confrère qui n’est plus …
« Et les dames et les demoiselles du Landeron ? N’entourent elles pas de beaucoup de sollicitudes leurs chers confrères ? Chaque année, tante Hélène pour les Antoines, tante Clémence pour les Bastiens, préparent avec dévouement les bouquets rouges des « domestiques » et des « repris », le bouquet blanc du Maître de saint Antoine.
« Certain jour de fête, le Maître de saint Sébastien avait oublié de commander « le tambour ». Ce fut dans le quartier un émoi bien compréhensible. Le cortège allait s’ébranler dans un silence décevant lorsque du seuil de sa porte, ma chère marraine courut à la chapelle, donner l’alerte, pour faire sonner la petite cloche. Et cette brave Landeronnaise qui, refermant sa fenêtre sur le cortège disloqué, disait avec fierté … »également, ces Bastiens … des autres hommes », laissant entendre ainsi qu’ils étaient autres … que les Antoines.
Un jour enfin … une jeune fille de mon quartier mit à rude épreuve mon amour-propre d’Antoine, en me fichant au nez … que les Bastiens n’étaient pas 29 … Voilà quelques touchantes anecdotes qui prouvent combien le vieux Landeron vibre d’enthousiasme pour ses confréries …
Je connais des bourgeois du Landeron qui personnifient leur confrérie. Ils font plaisir à voir, tant ils la « vivent ». Chaque année, à l’occasion de la fête, ils vous ouvrent leur cœur, ils vous racontent les mêmes histoires et vous chantent les mêmes chansons. Quand ils ne sont plus, la chanson disparaît avec eux dans la tombe … Braves gens … Innocente petite guerre. Il ne faut pas les oublier. Les vivants et les morts ne forment-ils pas qu’un pays, qu’un monde ! … «
Les Confréries de Saint Antoine et de Saint Sébastien n’ont plus l’importance qu’elles avaient autrefois. Et cependant, elles restent un élément caractéristique de la vie du vieux bourg. Fidèles à leurs coutumes, elles relient le passé au présent. Aujourd’hui, la vie paroissiale repose sur des sociétés largement ouvertes à tous les paroissiens et adaptées aux besoins des temps actuels. Mai si Le Landeron a conservé un attachement indéfectible à la fois de ses aïeux, s’il a gardé cet esprit de fidélité à ses traditions, il en est redevable aux confréries qui ont laissé leur empreinte bienfaisante sur toutes les pages de sa longue et glorieuse histoire … ', '1. Pour écrire cet exposé sur les Confréries du Landeron, nous nous sommes largement inspiré des travaux de nos devanciers à qui nous exprimons notre reconnaissance. C’est en premier lieu Mademoiselle Marguerite Noseda, à qui ses attaches avec Le Landeron ont permis de publier dans Le Musée Neuchâtelois un article des mieux documentés sur la Confrérie de Saint Sébastien. L’Essai que M. Plattet a publié dans le Messager catholique romand nous a été très utile, ainsi que les travaux de collation de documents anciens de M. Edouard Girard.
2. L’église paroissiale du Landeron conserve une statue de saint Roch provenant de l’ancienne église.
3. Parchemin aux archives de la confrérie de saint Antoine, collationné et aimablement communiqué par M. Edouard Girard.
4. Communications de M. E. Girard.
5. Rappelons que malgré les assauts répétés de la part de Neuchâtel et de Berne et grâce à l’appui de Soleure, Le Landeron conserva sa foi catholique.
6. Règlement de 1578. Cf. Musée Neuchâtelois, 1927, p.115
7. Marguerite Noseda. L’honorable confrérie de SS Fabien et Sébastien au Landeron, Musée Neuchâtelois. Nouvelle série, XIV année (1927), p. 118
8. Il n’est pas juste de dire que les bénéficiers prêtaient de l’argent provenant de leur bénéfice, car tout prêteur à intérêt était traité d’usurier. Pour tourner la difficulté, le bénéficier achetait un cens d’un certain montant payable annuellement et le payait par le versement d’un capital. Voici un exemple tiré des Archives de la Cure de Saint-Martin-de-Vaud (canton de Fribourg) : « Ego Jordanus Bocze de Bussignye parrochie ipsius loci rectori altaris B.M.V. in eccl. S. Martini Waudi, quatuor solidos bonor. Laus census pro quattuor libris ex lagato … » De cet acte de vente, conclu le lundi avant la St Laurent 1448, il ressort que le chapelain de l’autel de Notre-Dame a remis à Jordan Bocze le capital de 4 livres contre un cens, un intérêt annuel, de 4 sous bons lausannais.
9. Noseda. Loc. sit.
10. Noseda. Article cité.
11. Une reconnaissance de 1615 attribue encore à la confrérie la propriété de cet immeuble. Tous ces renseignements sont tirés des archives de la confrérie de saint Antoine et communiqués par M. Edouard Girard.
12. Cf. Léon et Michel Jéquier, Armorial neuchâtelois, Editions de la Baconnière. T.I p. 21.
13. Normalement du moins, car les Antoines peu nombreux, sont obligés actuellement de faire un second tour « pour ne pas devoir élire un jour un Maître au berceau ! »
14. Maurice Plattet. Croquis landeronnais, Francs propos sur les confrères, dans Messager catholique romand, 1941, p.43.', 815, 3404, 2"
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Transmis par admin le 06 janvier 2008 à 20:22:14 (1004 lectures)
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